Extraits du livre

Dans son autobiographie, Cyril Jonard a conté sa vie qui a alterné les hauts et les bas. Sourd et perdant progressivement la vue, il s'est élevé personnellement, professionnellement et sportivement grâce au judo. Retrouvez ci-dessous quelques extraits à travers des thématiques qui jalonnent son livre : anecdotes contées avec humour, le handicap, le judo et l'amour

Souvenir d'enfance : "Comme tout gamin, je fais quelques bêtises. Mais avec mon handicap, elles prennent une autre tournure. Imaginez ainsi l’angoisse de mes parents à la Foire Exposition de Limoges lorsqu'ils croient m’avoir perdu. (...) Comme je suis le premier concerné par le choix des caravanes, je teste et approuve toutes ces maisons roulantes. Je mets le plus grand soin, la plus grande application dans ma tâche. Jusqu’à en oublier mes parents. Ils m’ont perdu et viennent d’activer les recherches pendant que de mon côté, un camping-car a retenu mon attention. Papa et maman sont désemparés. Ils ne peuvent pas faire d’annonce au micro comme dans les grands magasins. Je ne l’entendrais pas. De toute façon, je suis dans ma bulle. J’ai trouvé une revue et ce camping-car, au siège si confortable, me plaît vraiment. Finalement, après plusieurs dizaines de minutes de quête, maman finit par me retrouver. Les jambes coupées par la peur d’avoir perdu leur enfant, mes parents ne prendront pas le véhicule. Je le trouvais plutôt bien pourtant…"

Description du combat qualificatif pour les Jeux Paralympiques de Sydney : "Quatre minutes. Le mur va bien finir par se fissurer. Alors, je m’évertue à bien placer mes mains pour poser un coup fatal au moment opportun. Le public pousse. Mes supporters crient. Trente secondes. J’y crois plus que jamais. Vingt secondes. J’irai à Sydney. Dix secondes. Je porterai au plus haut l’étendard de l’équipe de France. Cinq secondes. Devenir champion olympique, j’en rêve. 3, 2, 1. C’est terminé"

Explications sur la non-utilisation du braille : "Beaucoup se demandent pourquoi je n’utilise pas le braille. Ils pensent que ça serait plus simple pour moi. Ils n’ont pas tort mais je leur rétorque que tant je vois encore un minimum, je n’en éprouve pas le besoin. C’est une question d’orgueil. J’ai mis beaucoup de temps à accepter mon handicap visuel. Même si ce fut dur à assimiler, j’ai désormais conscience que je perds progressivement la vue. Toutefois, je ne me considère pas encore comme un aveugle. Je n’ai donc pas encore besoin d’utiliser leur outil. Pas pour l’instant. Et pour encore longtemps j’espère…" 

Rencontre avec Cécilia : "Elle me plaît mais je ne sais pas comment l’aborder. Elle est accaparée toute la journée par des demandes diverses et variées. Il y a trop de bruits, trop de monde, trop de difficultés pour que je puisse lui parler. Mais, comme je ne suis pas du genre à abandonner, je trouve finalement la solution pour capter son attention. Logeant dans le même hôtel, nous nous retrouvons tous les soirs dans le hall après avoir attendu que tout le monde monte au lit. C’est notre moment à nous. Le courant passe d’entrée. Elle me conte son parcours : sa naissance d’un père japonais qui a immigré au Brésil à l’âge de 26 ans et d’une mère brésilienne d’origine italienne, espagnole et portugaise, son enfance, son adolescence, son métier de professeur de français. J’en fais de même. Le temps n’a pas de prise sur nous."